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Sylviculture durable ou greenwashing ?

Dernière mise à jour : 16 mai 2023

L'un des plus grands programmes de certification forestière en Amérique du Nord fait l'objet d'une enquête pour avoir mis son label durable sur des produits qui ne le seraient pas. Ecojustice, une organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée sur les droits de l'environnement, avait déposé une première plainte en novembre 2022 contre la Sustainable Forestry Initiative (SFI) qui a abouti à cette enquête. J'ai contacté les deux parties pour mieux comprendre les raisons de l'enquête.




"Je ne sais pas quand le Bureau de la concurrence publiera sa déclaration, mais je pense qu'il sera d'accord avec nous car nous avons fourni des preuves convaincantes", déclare Kegan Pepper-Smith, l'un des avocats d'Ecojustice.


En février 2023, le Bureau de la concurrence a lancé une enquête à la suite d'une plainte déposée par Ecojustice et d'autres ONG. Pour les plaignants, il s'agit d'une étape clé pour que la SFI rende des comptes sur le greenwashing de certains produits forestiers.


Toutefois, si l'avocat pense que les preuves sont convaincantes, la SFI déclare que leur "demande n'a aucun fondement et que certains des mêmes plaignants (et d'autres groupes) avaient déjà déposé des plaintes similaires auprès de la Federal Trade Commission ( FTC) aux États-Unis et, après enquête, la FTC n'avait trouvé aucune violation et n'avait donc pris aucune mesure à l'encontre de la SFI."


Au Canada, si l'investigation en venait à la même conclusion, Ecojustice se dit prête à sensibiliser davantage le public au greenwashing de la certification et utiliser la pression de l'opinion public pour se faire entendre, explique Pepper-Smith. "En fin de compte, c'est un combat injuste pour nous car nous avons très peu de moyens de lutter contre l'une des plus grandes certifications forestières d'Amérique du Nord. Le Bureau de la concurrence est l'un des rares moyens dont nous disposons pour tenir SFI responsable", ajoute-t-il.


De son côté, la SFI trouve l'argument principal de la plainte faible, étant uniquement basé sur la sémantique du terme "durable". La SFI pense qu'il est "très peu probable qu'Ecojustice réussisse". La plainte qui a mené à l'enquête indique, en effet, que "le terme durable de la certification d'exploitation forestière est trompeur et fallacieux" car, comme l'explique l'avocat d'Ecojustice, "elle encourage les consommateurs à acheter des produits provenant des forêts les plus à risque du pays”.


D'autre part, l'organisme de certification déclare avoir "sa propre définition de la durabilité conçue pour être utilisée par les professionnels des organismes de certification et des organisations certifiées".


Comment peut-on définir ce qui est "durable" ?


La définition d'une sylviculture durable selon la SFI prend en compte: "l'intégration du reboisement et la gestion, la croissance, l'entretien et la récolte des arbres pour des produits utiles" et fournit également "des services qui aident l'écosystème tels que la conservation de la qualité et de la quantité du sol, de l'air et de l'eau".


"D'un point de vue scientifique, nous considérons comme durable une certification qui préserve l'équilibre écologique des terres en évitant de créer des déséquilibres dans l'écosystème", déclare Liat Podolsky, scientifique senior chez Ecojustice. Pour elle, la SFI certifie certaines opérations d'exploitation forestière qui ne conservent pas les forêts mais appauvrissent plutôt les écosystèmes. Par exemple, Ecojustice affirme que la certification de durabilité permet la coupe à blanc. Toutefois, la SFI dit planter des arbres à la place de ceux qui ont été coupés.


Et si de nouveaux arbres sont plantés et remplacent ceux coupés, n'est-ce pas une bonne chose? Pas nécessairement, selon Podolsky.


"Ils permettent la coupe à blanc et remplacent les arbres coupés par de jeunes arbres. Mais la biodiversité de certaines forêts n'est pas remplaçable, du moins pas à court terme. Certains écosystèmes reposent exclusivement sur les vieilles forêts. Vous ne pouvez pas remplacer l'ancien habitat en plantant de nouveaux arbres car certaines espèces dépendent spécifiquement de ces anciens habitats et sont donc en danger d'extinction. Et en général dans des cas comme ceux-là, la productivité et la régénération d'une forêt sont également menacées", explique-t-elle.


La recherche sur les paysages forestiers intacts, c'est-à-dire les forêts anciennes mentionnées par Podolsky, montre que ces forêts ont été réduites de 7,2 % depuis l'an 2000 (l'exploitation forestière industrielle, l'expansion agricole, les incendies et l'exploitation minière étant les principales causes de cette réduction). D'autres études indiquent que la perte de forêts intactes peut "exacerber les effets du changement climatique" et entraîner "l'extinction de de nombreuses espèces, en plus de nuire aux communautés du monde entier en perturbant la météo et l'hydrologie régionale et dévaster les cultures de nombreuses communautés autochtones".


Ainsi si le Bureau de la concurrence juge qu'Ecojustice a raison, la SFI sera tenue de retirer les allégations de durabilité de ses communications publiques et du nom du programme, mais également de retirer publiquement ses allégations de durabilité et de payer une amende jusqu'à 10 millions de dollars destinés à des projets de conservation. Pour l'instant, l'investigation est toujours en cours mais je vous tiendrai au courant des événements.


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