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Aider les personnes âgées et les jeunes de Toronto

Qu'est-ce qu'une communauté sans les personnes qui travaillent chaque jour pour maintenir les activités, l'aide sociale et pour ouvrir des espaces qui accueillent celles et ceux qui en ont besoin ? Je suis allée à la rencontre de Aurianne Fazendeiro et Carina Paradela, deux femmes pleines d'énergie qui ont changé le cours de la vie du premier espace communautaire portugais de Toronto.



En septembre 1956, des immigrants portugais décidèrent d'ouvrir un lieu à Toronto où ils pourraient se retrouver et maintenir la culture portugaise même s'ils étaient loin du Portugal. "En plus d'être un point de rencontre, c'était aussi un lieu où les personnes qui venaient d'arriver venaient chercher du travail, une maison, etc. C'était vraiment un appui pour les personnes qui venaient d'arriver du Portugal" explique Carina Paradela, directrice des opérations du Premier Centre Culturel Portugais-Canadien (FPCCC) .


C'est ainsi qu'est né le premier centre culturel portugais à Toronto et dans la province de l'Ontario. Selon Aurianne Fazendeiro, directrice générale, le centre portugais s'est agrandi au fil des années. "Il y avait un restaurant, des équipes de football et le centre avait tellement de pouvoir qu'il conseillait le gouvernement pour indiquer le nombre de vols qui devraient venir en provenance du Portugal. Et c'est du FPCCC que sont issues tous les autres centres culturels qui existent aujourd'hui".


Le centre a depuis joué un rôle de pont entre le Portugal et le Canada. Mais aujourd’hui, le rôle du FPCCC a changé. Si la volonté de ne pas oublier ses racines et sa culture fait toujours partie de l'identité du centre, ce dernier joue désormais un rôle de pilier dans la société torontoise.


"L'un de nos principaux objectifs est le centre pour personnes âgées. Nous avons un centre ouvert tous les jours de la semaine et qui accueille des personnes âgées, portugaises ou non (mais la majorité sont portugaises) pour passer la journée avec nous. Nous proposons plusieurs activités comme de la gymnastique ou du bingo pour les divertir et ne pas être seuls et ils prennent également le petit-déjeuner et le déjeuner ici", décrit Carina.


Parallèlement, la FPCCC enseigne également la langue portugaise à travers une école portugaise associée à l'Institut Camões. Les enseignants donnent des cours aux enfants de la communauté le samedi. En plus de l'école, le centre portugais dispose d'une garderie avec cinq enfants, où le personnel parle portugais aux enfants, qu'ils soient portugais ou non, et organise également des camps d'été, de printemps ou de Noël.


Pour la directrice générale, l'idée est de "servir les petits comme les plus grands, et ainsi toucher plusieurs générations".


Si au début l'association ne pouvait travailler qu'avec des bénévoles, lorsque les deux femmes ont rejoint la direction en 2017, elles ont compris que pour maintenir le travail associatif, il fallait le rémunérer.


"Parce que nous sommes ouvert tous les jours du lundi au vendredi, nous ne pouvons pas tourner qu'avec des bénévoles. Toutes les personnes qui travaillent avec nous sont rémunérées, à l'exception de celles qui travaillent au centre pour personnes âgées", explique Carina.


La FPCCC étant une entité à but non lucratif, une partie de son financement provient de ses membres. Les personnes âgées paient un tarif réduit de quarante dollars par an pour accéder au centre tous les jours et recevoir gratuitement leur petit-déjeuner et leur déjeuner. Un point important pour les deux femmes qui ont travaillé au fil des années pour que ce service reste gratuit pour les personnes âgées.


Carina Paradela (à gauche) et Aurianne Fazendeiro (à droite)

"Nous ne voulions pas que le prix soit un frein pour venir au centre. Nous avons facturé nos autres services (et nous avons des prix raisonnables par rapport à ce qui est proposé dans la communauté) pour couvrir les coûts et maintenir un service gratuit pour les personnes âgées. C’est un peu notre façon de donner à la communauté", explique Aurianne.


En plus des quotas, l'organisation reçoit également un soutien du gouvernement, elle est bénéficiaire de Second Harvest, un programme qui sauve les produits alimentaires des supermarchés et les amène au centre pour être utilisés dans la cuisine du centre, et offre volontairement ses services dans un centre de bingo. "Ce bénévolat fait partie du programme des jeux de bienfaisance d'OLG. Nous y allons pour représenter notre organisation, accueillir les joueurs et nettoyer les machines. Et en échange, nous recevons une partie des bénéfices d'OLG", détaille Carina.


Selon les deux femmes, sans ce programme, elles ne seraient pas en mesure de payer le loyer mensuel et les dépenses de la FPCCC. Une conclusion à laquelle elles sont parvenues lorsqu’en 2017 elles ont repris la direction du centre portugais.


"Lorsque j'ai rejoint le conseil d'administration en tant que vice-présidente, nous avons fait face à une période très difficile. Pendant ces années, j'ai vécu les choses très intensément. Je suis arrivée à l'organisation à travers la garderie. Pour moi, il était important que ma première fille aille à la garderie ici. Je me souviens avoir été extrêmement active pour la faire entrer car il y avait peu de places vacantes. Pour moi, il y avait quelque chose qui me fascinait dans l’interaction des enfants avec les personnes âgées. Le centre est le genre d'endroit qui, d'une manière ou d'une autre, comme une vague, vous enveloppe et vous ne pouvez plus (ou ne voulez) plus sortir", raconte Aurianne les yeux brillants.


"Lorsque nous étions membres du conseil d'administration, notre objectif était de réduire la charge de travail, car nous faisions du bénévolat au conseil d'administration et, en même temps, nous consacrions soixante heures par semaine aux questions administratives quotidiennes. Nous voulions donc arriver à un niveau où nous aurions des fonds pour avoir un conseil d'administration bénévole qui aurait un rôle très clair et qui serait séparé du rôle des employés rémunérés pour le travail quotidien", ajoute-t-elle.

"Pour moi, le centre est comme une deuxième maison" - Carina Pardela

"Je suis entrée d'une manière un peu différente, c'était pour faire du bénévolat parce que j'étais allé au lycée au Portugal mais ils ne m'ont pas donné d'équivalences ici et j'ai donc dû aller au lycée ici. Et à Toronto, ils demandent quarante heures de bénévolat pour obtenir le diplôme. Je suis donc venue au centre pour cette raison et, après quelques mois, ils cherchaient quelqu'un pour travailler en cuisine. De mon côté, je voulais un travail où j'aurais le temps d'emmener ma fille à l'école et en revenir. Je ne cherchais pas vraiment un travail en cuisine, je n'avais jamais cuisiné pour autant de monde de ma vie, je n'avais aucune expérience mais j'ai eu de la chance car le président qui était là a décidé de m'engager. Et plus tard, alors que je ne travaillais plus ici, ils cherchaient des personnes pour gérer le centre et j'avais envie de revenir et d'apporter ma propre contribution. J'ai convaincu Aurianne de me rejoindre dans la réalisation, on ne se connaissait même pas ! Et c’est comme ça que nous avons commencé plusieurs années de travail intense pour changer les choses au sein du centre", explique Carina en souriant.


Si les femmes ont rejoint l’organisation durant une période difficile et marquée par de nombreux changements, elles ont aussi dû compter sur la pandémie pour modifier leurs plans. Elles ont profité de toutes les aides gouvernementales accordées pendant la crise pandémique et ont fait preuve de beaucoup d’imagination pour maintenir les opérations et continuer d'aider la communauté. Elles ont également profité de l’occasion pour réduire les coûts (et même l’espace) afin de pouvoir mieux se développer en 2022.


"Sur le plan personnel, le centre m’a permis de rester saine d’esprit pendant la pandémie. C'était du soutien, un foyer, un autre endroit à visiter qui n'était pas chez moi. Aujourd’hui encore, le centre est pour moi comme une deuxième maison", confie la directrice des opérations, le sourire aux lèvres.


Désormais avec des espaces rénovés plus accessibles aux personnes à mobilité réduite, les deux femmes espèrent pouvoir maintenir leur travail et grandir. Leur objectif est de pouvoir aider 100 personnes âgées dans les prochaines années. "Nous en avons la capacité", explique Aurianne.


"Nous voulons aussi, dans les cinq prochaines années, acheter une maison pour réduire les coûts. Il n'est pas facile de trouver du financement pour une organisation à but non lucratif. Cependant, nous espérons que cela se produira et sera possible. Je n’ai aucun doute que nous y parviendrons. Nous avons déjà accompli beaucoup de choses ces dernières années et je pense que nous pouvons continuer à rêver et à travailler dur pour réaliser ces rêves", ajoute Carina.


Il y a beaucoup de fierté dans les voix des deux femmes lorsqu'elles parlent de leur travail au FPCCC. En plus d'aider quotidiennement la communauté qui les entoure, Carina Paradela et Aurianne Fazendeiro ont donné une nouvelle énergie, pleine d'espoir, à un centre qui tisse des liens humains profonds nécessaires au maintien d'une société heureuse.

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